25/12/2011Pseudo-nécessitésJe viens encore de terminer un de ces romans de la rentrée, dont je ne sens pas tout à fait la nécessité. Ce n’est pas que ce soit mauvais (encore que…), mais je me demande quel en est l’intérêt littéraire.
En gros, je veux bien pleurer un peu sur le fils de riche (qui a un bureau rue Monsieur-le-Prince, payé par son papa), qui se drogue (et c’est bien triste, cette dépendance), qui a un gros chagrin d’amour à cause d’un garçon qui ne le mérite pas (mais il devrait bientôt mourir et ça va soulager tout le monde) et qui ne sait pas quoi faire de sa vie (à 20 ans, je trouve même que c’est plutôt bien). Mais j’ai déjà un peu plus de mal lorsqu’il décide qu’il faut s’engager, et pourquoi pas avec C. Boutin, parce qu’elle fait un peu mère poule et que ça le rassure. On rêverait d’un engagement politique fort, d’utopies telles qu’on peut en avoir à cet âge.
Je ne comprends pas non plus la nécessité de cette heu… écriture (?) qui fait alterner les chapitres du père (Thierry) et du fils (Charles), alors qu’il n’y a pas le moindre souffle pour faire tenir tout ça. Et puis…
[…] j’ai pensé que j’étais toujours, putain de merde, homosexuel. Cette condition qui était peut-être fondatrice de tout ce que je faisais, de tout ce que je disais, de tout ce que j’étais et de toutes les idées auxquelles j’adhérais, et de tous les gens que j’aimais, de mon rapport au monde, aux autres, à l’amour, à la musique, à la littérature et à la politique, cette condition me désespérait, et bien qu’assumant parfaitement ce statut, bien que n’hésitant pas à le clamer, je savais tous les jours que ça ne me plaisait pas d’être comme ça, c’être un homosexuel, d’aimer les garçons.
Charles et Thierry Consigny, Le Soleil, l’herbe et une vie à gagner, p. 214-215.
C’est consternant, mais c’est dommage, parce que je suis assez d’accord avec la partie centrale, en gras.
Dommage aussi, parce que de temps en temps, dans la partie Charles, il y a une petite étincelle (pas littéraire, non, n’exagérons rien mais, du moins, d’humanité, et c’est déjà beaucoup) :
Cet anniversaire me rappelait aussi, brutalement, que j’avais vingt ans, que j’étais seul, et […] que je n’allais dormir avec personne, et de ça j’étais usé, j’avais envie d’un amour, d’un amoureux, d’une amoureuse [là je ne suis plus !], même s’il devait devenir un chagrin, peut-être même que j’avais envie d’un nouveau chagrin d’amour, envie à nouveau de jeter des bouteilles à la mer, envie de lutter contre une déchirure, envie de regarder les gens de loin avec un seul homme en tête, être là, assis à table, écouter et parler, mais penser à un autre, scruter mon téléphone et attendre une réponse.
Charles et Thierry Consigny, Le Soleil, l’herbe et une vie à gagner, p. 224-225.
Voilà. Pardon pour cet agacement pseudo-culturel. La prochaine fois, pour être dans le ton, j’essaierai de trouver une carte de Noël. 20/12/2011Rentrée littéraireSous cette expression, se cache généralement une foule de médiocrités médiatiques. Il y a manifestement des éditeurs qui ne font pas leur travail. A moins que je me fasse beaucoup d’illusions sur le travail des éditeurs, que je confonds bêtement avec la recherche de la littérature… La plupart ne sont là que pour faire du chiffre (combien de romans, heu pardon, de livres publiés ?).
Et puis, de temps en temps, quelque chose se passe.
Il paraît que Marien Defalvard (quel joli nom!) a écrit son roman à 16 ou 17 ans. Il paraît.
Certains passages sont un peu ennuyeux (tout dire, dès le premier livre, c’est une ambition adolescente qui n’est pas tenable; même Proust s’y est pris à deux fois). D’autres restent mystérieusement inaccessibles (mais j’ai l’esprit lent). La nostalgie ne prend pas toujours (mais c’est peut-être de ma faute puisque cette sorte de sentiment m’échappe). Et puis, quand même…
Le narrateur en est gay; le terme n’est sans doute pas juste et, surtout, c’est un peu anecdotique, mais disons qu’il aime des garçons Et il y a bien d’autres raisons d’apprécier l’ouvrage. Son ton rêveur, un peu cynique et (souvent) splendidement exprimé.

Je me souviens de l'amour, de la mort. On a beau dire, une fois qu'on a pris conscience des deux, de la paire odieuse et vitale, il ne reste plus beaucoup d'espoirs à ronger. La vie vous a enfumé, elle vous a fait, quatorze années inconscientes et magiques, miroiter ses plus beaux profils, les plus avantageux; son poitrail saillant, sa silhouette de bal, ses biscotos de bronze. Et puis, soudainement, cruellement, elle vous a dit, méchanceté, déréliction, supplice, elle vous annonce, comme ça, que votre vie de derrière est finie, vos plus beaux morceaux; l'inconscience, l'insouciance, la crédulité finies, on passe au deuxième volet, au deuxième acte, et puis flûte alors, rideau! rideau sur la vie! c'est insupportable! il n'y a plus rien à faire, plus rien à ajouter, reste le pâle remède des jours, les beaux jours que vous contemplez, que nous contemplons le soir au moment du coucher, quand le soleil, lui aussi à la couche, est tué sur la crête; instant précis où toutes les croyances, les espérances s'écroulent, où il ne reste plus qu'un regret, un pitoyable, un gigantesque regret. Où il ne reste plus, à l'instant mourant du soleil, dans votre lit sans plus d'envie, sans plus d'énergie, que le passé, embelli par la laideur du présent, par la force du temps, par la splendeur du souvenir; célébré et joyeux, et le soir de juillet au couchant qui s'expose – et maintenant vous fermez les yeux, vous vous retirez dans vos chambres closes, vous fermez les volets; tout s'est enfui, et pourtant vous vivez, vous vivez encore, vous vivez malgré, oh! oui! évidemment! vous avez la certitude que vous ne connaîtrez plus jamais ce qui fut le passé, intense, mutique, tentez à votre bouche de rameuter ce goût ; mais votre bouche rumine le présent, ruminant et fade comme de l'herbe sèche.
Marien Defalvard, Du temps qu’on existait, p. 52-53.
18/12/2011Noëls1. Noëls d’enfance. “Faire la crèche”, santons et petit Jésus sur son lit de paille (on en trouvait sous le hangar), sapin et guirlandes électriques, vraie mousse (le bois n’était pas loin) et rivière en papier alu. La messe de minuit était obligatoire, mais autant que les autres, donc ça ne nous embarrassait pas. Et puis elle était vraiment à minuit, dans la petite église de village, qui pour une fois n’était pas trop glaciale, ni trop vide. Les cadeaux étaient plutôt le lendemain matin, mais je me trompe peut-être. Je crois qu’ils n’étaient découverts que le lendemain tant qu’il y en a eu un, dans la fratrie, pour croire au Père Noël. Le 25, il y avait des invitations, chez mes grands parents ou chez une de mes tantes. On mangeait bien et beaucoup. Nourriture de la campagne puisqu’il y avait tout à la ferme ou dans le village. La cuisine devait prendre des heures et des jours, et c’était toujours un peu la même chose : la lotte chez ma tante (on n’avait déjà plus faim depuis longtemps), la salade verte, parce que “ça lave”, les bûches au beurre (on savait que celle au café était ma préférée), les escargots (pour les amateurs), la “rôtie” (je n’en ai pas trouvé la définition sur l’internet, mais je n’ai peut-être pas assez cherché ; et pourtant, c’était bon, cette préparation de chair d’oiseaux chassés, servie sur du pain grillé)… Je confonds sans doute un peu avec les menus du premier janvier, mais c’étaient presque les mêmes. Certains oncles buvaient beaucoup. Mon père était généralement très raisonnable, quoique je me souvienne qu’il soit rentré une fois assez ivre, et qu’il ait dû passer le volant de la simca à ma mère (humiliation suprême).
2. Noëls malades. Ensuite, assez vite en fait, ma mère est tombée très malade, à enfermer en hôpitaux psychiatriques. Elle n’a jamais été folle. C’était sa façon de se révolter contre cette vie triste à la campagne, qu’elle n’avait pas choisie. Autodestruction. On la sortait pour un ou deux jours (cadavre décharné, yeux enfoncés, regard de droguée, sans âme et sans foi –que se passait-il dans sa tête à ce moment là ?- je ne peux m’empêcher d’y penser les rares fois où je la vois aujourd’hui, et j’ai envie de pleurer). On n’allait plus systématiquement en famille, ou alors il fallait subir des regards en coin et des apartés consolateurs.
3. Noëls d’adolescence. Mes parents ne s’entendaient plus (ma mère essayait une autre forme de révolte) et nous étions pris à parti par l’un et l’autre, ce qui rendait ces moments très pénibles. Le dernier Noël (la dernière fois que j’ai vu mon père avant sa mort, la dernière fois où nous nous sommes retrouvés ensemble avec mes frères et sœurs, la dernière fois où j’ai dû aller dans cette maison) a été terrible. Je crois que je suis resté moins de 24 heures, anticipant le retour de mon train vers la Champagne où j’avais été nommé et où, enfin, je gagnais suffisamment d’argent pour être moi-même.
4. Premiers Noëls avec J. Émerveillements de se voir offrir des cadeaux, qui n’étaient ni utilitaires ni même prévisibles. Chaleur et intimité. Quelque chose d’assez traditionnel, mais doux et valorisant. On a beau être un peu cynique, on ne cherche qu’à y croire : les sentiments, tout ça…
5. Dernier Noël avec J. Je ne savais pas que c’était le dernier, mais lui le savait ; il allait partir quelques jours plus tard. Je lui ai renvoyé ses cadeaux, alors que je faisais les cartons pour sortir enfin de cet appartement, au printemps suivant : trop de mensonges et de faux-semblants. Je ne sais pas l’effet que ça lui a fait. Je ne sais plus si ça m’a fait du bien. En fait, je m’en fiche.
6. Il y a dû y avoir un Noël de transition, avec ma sœur dans les parages, la messe de minuit, un médecin qui n’était pas de garde et X. qui l’était. Mauvais souvenir, encore.
7. Depuis, je m’enferme, et j’attends que ça passe. Pas de téléphone, personne (de toute façon, tout le monde est bien occupé en famille), rien. C’est plus reposant, ce n’est pas hypocrite, ça évite de remuer des choses atroces et d’avoir des arrière-pensées.
Non, je n’aime pas Noël… 03/11/2010«Trop de notes»On pourrait dire, qu’il y a trop d’adjectifs dans le dernier roman de Jean-Baptiste del Amo, trop de notes, comme d’aucun l’ont dit de Mozart (et une faute d’orthographe exaspérante p.25; ils n’ont donc pas de relecteur chez Gallimard?). Quelle serait alors l’idéale mesure? Deux ou trois adjectifs de moins par page, peut-être? C’était déjà le cas dans son Éducation libertine. Il fallait entrer dans le roman avec précaution, pour ne pas se trouver le souffle court et se perdre dans les phrases denses et l’accumulation de mots, sensations, impressions, troubles.
Del Amo (quitte à choisir son nom, qu’au moins il soit beau, et là c’est plutôt réussi) paraît beaucoup plus raisonnable dans Le Sel. Je suis juste un peu trop bête pour comprendre le sens exact des titres de chapitres (sauf le dernier, et ça n’est pas parce qu’il est en français). Nona, Decima, et Morta, certes, ce sont les noms latins des Parques, les fileuses de temps et de destins, mais dès que c’est trop métaphorique, je décroche. Disons que le système narratif est un peu laborieux, mais il offre sans doute l’avantage de laisser sa chance à chacun des personnages, même le plus antipathique, ce qui est déjà un exploit: comment prendre plaisir à lire un livre dont même l’auteur n’aime pas certains aspects? Et les fils de ces vies qui s’embrouillent finissent par créer un tableau où tout est exactement à sa place. Même le petit frère homo (ouf!).
Il faut dire aussi que j’avais de bonnes raisons de me sentir bien dans ce livre: ma mère qui habite Sète (je voyais exactement ces rues et cette atmosphère de petite ville au tourisme populaire), la pression paternelle, le poids de la famille, l’impossible révolte, l’eau, l’amour des corps, les hommes…
HICHAM – Savoir qu’au matin, je te trouverai endormi à mes côtés, comme recueilli dans ces rêves où tu retrouves peut-être un autre que moi, mais n’en concevoir aucune jalousie, car c’est à moi et à moi seul que s’offre ton visage calme, baigné par la lumière de l’aube.
Jean-Baptiste del Amo, Le Sel, Paris, Gallimard, 2010, p.289.
Sète en décembre 2007. C’était plutôt le crépuscule du soir. 27/10/2010MatinsCertes, je n’aime pas (non plus) me lever tôt le matin. Mais quand il faut aller travailler, un peu au-delà de la frontière, et qu’on voit la brume qui se lève sur le Rhin et sur les champs, les cigognes qui marchent d’un pas précautionneux, des biches* qui se risquent à découvert des maïs, à quelques mètres du train, on peut juste se dire que c’est un moment rare.
*ou des chevreuils ou des daims ou des heu… en tout pas des rhinos ou des hippos, parce que là il me semble que j’aurais reconnu.26/10/2010J’aime pas… quand les supermarchés commencent à vendre des Christollen, quand je dois remonter à l’appartement parce que j’ai oublié les gants, quand je dois mettre le chauffage, quand les feuilles ne sont plus dans les arbres, ou qu’elles n’y sont pas vertes, quand on commence à me demander ce que je vais faire à Noël, quand il faut repasser et ranger les chemisettes pour ne plus les voir de 6 mois, quand, dans le bassin de la piscine, je commence à nager avec la lumière rasante du soleil, quand je rentre à la maison et qu’il fait nuit, quand je ne peux pas me promener tout nu le matin dans l’appartement, ou pas trop longtemps, quand la tisane du soir devient un moment de grâce, quand le lit reste froid…
04/09/2010Mémoire de l’eauJe n’ai plus trop de souvenir de ce mois de juillet, déjà trop loin. Je n’ai pas pu aller nager en plein air, mais c’était peut-être plus une question d’emploi du temps que de pluie. Et puis on nage très bien dans la piscine couverte près de chez moi, même si la couleur de la peau ne s’en trouve pas changée.
Je suis pourtant revenu de ma première semaine de vacances avec un bronzage de randonneur, bras et jambes (entre chaussettes et bermuda). Pas la moindre possibilité de baignade, à moins qu’on apprécie les lacs de montagne à l’eau glaciale, ou qu’on doive se résigner à appeler baignade les dix minutes de bruine subies près de Fort-Queyras; à peine de quoi se rafraîchir. Il y a eu aussi quelques douches, entre froide (pourquoi ai-je attendu que tout le monde fût passé au refuge de Montbardon, et que le ballon fût vide?) et coquines (enfin un peu d’intimité).
Départ matinal. Le village de St-Véran ne se dégage pas de l’ombre des nuages.
Puis Berlin avait été choisie (entre autres), pour ses parcs urbains –le Tiergarten– où l’on peut (paraît-il) se mettre à poil au soleil, mais heureusement que j’avais emporté un pull. Je n’ai gardé, du soleil, qu’une ou deux photos prises dans la cour du Pergamon Museum. Et de la pluie, tout un tas d’autres où l’on voit le ciel bas et l’averse prête à fondre sur le touriste.
Jeux de lumières au Neues Museum, à la faveur d’une éclaircie.
Reste Barcelone, en troisième semaine. Je suis toujours impressionné et ravi par la fontaine magique de Montjuic, mais on ne s’y baigne pas! L’eau en bouteille (je sais, ce n’est pas du tout écologiquement correct) permettait de ne pas mourir de soif sous la chaleur, enfin, et de se dire que, la mer, bien sûr. Il était temps d’oser se mettre nu sur le sable, chose impossible à Sitgès, à l’ambiance un peu trop beaux-mecs-bronzés- only, mais plus cool et bon enfant sur la plage de San Sebastián, en plein centre-ville ou presque. Quoique, le premier jour, j’y eusse entendu des garçons se plaindre que le soleil fît enfin son apparition dans cet été frustrant.
Sitgès, vers midi. Ici, ça n’est pas très gay.
Retour à Strasbourg sous un petit déluge: l’avion a atterri juste avant l’orage mais, sur le tarmac, entre la cabine et le petit bus, quelques mètres ont suffi pour que nous fussions trempés. En somme, je reste encore un peu déçu par le réchauffement climatique. 30/08/2010Répliques et CitationsPour m’éviter de trop penser en cette semaine de rentrée, je note quelques citations glanées un peu n’importe où.
1- Place du marché de Neudorf, le 12 juin 10 à 11h, un petit vieux se traînant péniblement sur ses béquilles, et répliquant à un monsieur qui lui faisait remarquer (gentiment) qu’il allait bien doucement: «Comme la limace, je me déplace avec lenteur et je galonne d’argent.» Il y en a qui ont la réplique facile.
2- Stephen Spender, Le Temple, Paris, Christian Bourgeois, 1989, p.160-161, excellent livre (je n’ose écrire roman ou récit) qu’un ami complaisant m’avait prêté en prévision d’un voyage à Berlin.
La pièce et tout ce qui s’y trouvait, si l’on exceptait les tissus contrastés, évoquait un confort wagnérien, comme vous invitant, après une fête débridée, à vous nicher dans un fauteuil ou un sofa, à vautrer vos membres nus et poilus sur les coussins de couleurs vives dans de vigoureuses amours ou une somnolence séculaire de walkyrie.
Les «membres nus et poilus» avaient éveillé en moi je ne sais quelle rêverie érotique… Et encore, p.308:
Comparés à ce que nous aurions été dans notre jeunesse, nous serions, comme tout le monde, ridicules dans notre vieillesse, mais nous continuerions à parler, à photographier, à écrire. Nous serions un duo célèbre. Notre célébrité effacerait notre laideur. De beaux jeunes gens nous feraient encore l’amour.
Un peu dépressif, c’est vrai. Lu aussi, dans l’ICE qui m’amenait vers la capitale allemande, Berlin Alexanderplatz, étonnant et vigoureux… À vrai dire, il me manque encore une centaine de pages, que je me réjouis d’avoir encore à déguster. Là c’est plus difficile de citer tant la narration se disperse dans une chronologie bouleversée, dans un collage de flux de conscience et d’événements (faussement) périphériques.
L’Alexanderplatz, un peu telle quelle était restée dans mon souvenir (mais c’était l’hiver et elle était couverte de neige). 29/08/2010Chronique du voisinage (suite 7)Mi-août, ayant entendu que j’étais rentré depuis quelques heures (jours), ma voisine a sonné à ma porte pour m’offrir un pot de confiture d’abricots, qu’elle avait faite elle-même. «Je voulais vous apporter un dessert, mais je ne savais si vous alliez être seul ou non, m’a-t-elle expliqué. Alors qu’un pot de confiture, ça peut se manger seul ou à deux.» Avais-je vraiment eu tant de visites que ça ces derniers temps ? […]
Elle est revenue hier (retour définitif de mes vacances, cette fois), avec des mirabelles, que je suis prié de manger crues, et non en tarte. Elles sont délicieuses, et je suis décidément gâté.
Et du coup, j’ai décidé de faire une tarte aux myrtilles.
Oui, je sais, on m'a fait remarquer que je n'avais pas écrit ici (ce dernier adverbe restreint la négation) depuis près de 3 mois. C'est qu'il doit exister une vie réelle aussi en dehors de GA.31/05/2010Randonnée / Annexe (2)Je suppose qu’on ne fait pas marcher impunément un groupe de garçons gays sans qu’un peu de sensualité s’exprime. Le groupe s’est soudé assez vite, et c’était bien agréable de sentir cette solidarité sportive. J’ai toujours trouvé que les lieux gays avaient quelque chose de rassurant et de nécessaire, même si je ne les fréquente pas beaucoup.
De Curzu à Serriera.
Mais entre communauté sensuelle et stratégie de séduction, il y a un monde… qu’un des membres du groupe a franchi avec tous les éléments propres au genre: regards cachés, timidités, phrases à double sens, ballon d’essai, tentative avortée, faux lapsus, gestes précautionneux, retour en arrière, initiative franche, allusions grivoises, provocations, occasion qui fait le larron… Je dois dire que ce jeu m’a -non pas amusé, ce serait à la fois cruel et faux- mais particulièrement touché parce que, à mon grand étonnement, j’en ai été l’objet.
La plage de Bussaglia.
La difficulté résidait dans la promiscuité et l’absence quasi-totale d’intimité: instants et lieux volés qui donnaient leur sel et leur piment à l’entreprise. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte de la manœuvre à cause de ma distraction et même de mon incrédulité, qui ont pu passer pour de l’indifférence (tout ce qu’il faut pour piquer!), et de sa discrétion forcenée (à force de subtilité…). En tout cas, il y a eu une tentative de contact tellement intimidée dans le dortoir très momentanément désert qu’elle a abouti à des excuses gentiment murmurées dans le couloir, mains sur les fesses à l’occasion d’une photo de groupe (pause prolongée, le temps que tout le monde se mette en place), mains plus entreprenantes sous les draps, frottements et caresses (les autres dormaient-ils vraiment?)…
Au-dessus de Piana.
Juste un peu d’amour partagé, petit moment volé à la nuit, éblouissement passager, avant que le soleil se lève, que la marche reprenne et que la vie nous disperse avec l’idée qu’il serait bien extraordinaire que nous nous revoyions. Merci à la vie, tout de même. 30/05/2010Randonnée / Annexe (1)Jour 5, et déjà en pleine forme. L’appréhension du début est bien partie: je m'étais demandé si je serais assez fort pour suivre, si je me ferais à la vie de groupe, 24 heures sur 24 avec les mêmes, si je tiendrais le rythme, si je ne serais pas ridicule... En fait, ma pratique pourtant douce du sport suffit à me permettre de suivre, et de n’être point parmi les derniers. Je suis heureux de me sentir à l’aise, physiquement et socialement, moi qui ai tout sauf l’instinct grégaire. Heureux de m’endormir facilement dès la deuxième nuit, de respirer par la poitrine et de sentir mes poumons s’ouvrir à l’air.
Au-dessus de Galeria.
Jour 5. C’était l’étape la plus longue. Sans doute la plus belle, malgré un chemin finalement attendu: une longue montée le matin, jusqu’au sommet à 900 mètres, puis la descente vers le village où nous dormirions le soir. Tout en haut, la vue était sublime vers la petite baie de Porto et, de l’autre côté, le village de Piana, qui devait constituer l’étape suivante, le lendemain. Nous avons déjeuné sur un replat: rochers suspendus au-dessus d’un vallon serré et abrupt. L’orage a commencé à gronder, toujours un peu impressionnant dans la montagne. La longue descente a commencé, un peu plus rapide que prévue, pour ne pas se retrouver coincés par les eaux grossies du torrent qu’il fallait traverser plusieurs fois. C’était pourtant parmi les plus beaux paysages que nous ayons traversés. Fatigue de la fin de l’après-midi, sous quelques gouttes de pluie seulement, qui mouillaient les rochers.
La baie de Porto et, en face, sur les hauteurs, le village de Piana.
Pied tordu, juste quand nous allions entrer dans le village, à 200 mètres du gîte. Et la douleur qui monte dès que j’ai arrêté de marcher. Une foulure bête, confirmée par le médecin le lendemain. On me convoie en ouature vers le gîte suivant, alors que je vois partir le groupe, puis que je le vois revenir, le soir: fin de journée heureuse, après la marche, alors que le sac pèse encore, qu’on rêve de douche mais que les yeux sont encore pleins de soleils et de rochers rouges tombant dans la mer, que les mollets sont chauds des pas du jour. Je me rends compte de tout ce qui me manquait là, et je suis un peu triste. 29/05/2010RandonnéeJuste avant de devenir tout à fait fou, et sur la suggestion d’un ami cher toujours prêt à me proposer des débauches sportives, j’ai interrompu le rythme ingrat des obligations administratives pour une semaine d’évasion totale. Sept jours pleins sans réveil, sans salle de bain, sans cravate. Sept jours pull, bermuda et tee-shirt, avec des douches à la chaleur approximative, dans des gîtes à l’intimité toute relative (à 12 par dortoir, évidemment…). Sept jours de marche longue, entre six et sept heures, du niveau de la mer où l’on s’oint de crème solaire, avant de passer à 900 mètres, où il faut sortir le coupe-vent. Sept jours sous le ciel, le soleil et les nuages, loin du bruit et de l’agitation de la ville, sans le bruit de la circulation et sans l’ombre d’un feu rouge, entre chênes verts et genêts, rochers et chemins pentus, sentiers de chèvres et sangliers. Sept jours de Corse entre mer et montagnes, mare e monti.
De Galeria à Girolata
Eh bien oui, ça m’a fait du bien de me retrouver au milieu de ces paysages sublimes, de mettre le mobile en veilleuse, de marcher avec d’autres que je ne connaissais pas le premier jour mais qui étaient là comme moi parce que gay et parce qu’aimant marcher. Parce qu’ainsi naissent les solidarités des marcheurs qui suent aux mêmes pentes et jouissent des mêmes sublimes panoramas, du ciel vers la mer, au-dessus des montagnes, un peu au-dessus de la vie normale.
De Girolata à Curzu
De quoi revenir regonflé, même si l’on sait qu’on oublie, même si les photos qu’on s’échange ensuite ne disent plus grand-chose (c’est Curzu, ce petit village dans le creux, ou Serriera, ou un autre que l’on a seulement aperçu de loin?), même si les relations nouées ne doivent pas continuer parce que la vie, malgré qu’on en ait, nous emporte.
De Serriera, arrivée à Ota.
Juste envie de recommencer, dans un avenir pas trop lointain. Question d’équilibre. 09/05/2010Désordres et mauvais temps1. Mon antivirus m’énerve à m’expliquer qu’il «effectue actuellement une tâche de fond» quand je cesse de travailler quelques secondes sur l’ordinateur. Dès que je lâche le clavier, il me donne l’impression que je ne m’occupe qu’à des tâches superficielles. Mais peut-être est-ce le cas, après tout.
2. Bientôt 10 jours que le bassin en plein air du Wacken est ouvert. Je suppose que les maîtres nageurs s’y ennuient à mourir avec cette météo hivernale. En tout cas, je fais mes longueurs bien au chaud dans ma piscine habituelle.
3. Comme les deux précédentes fins de semaines, je me retrouve avec des dossiers à examiner et des rapports à faire. Mais à l’inverse des deux précédentes fins de semaine, c’est effectivement ce que je vais faire, puisque cette fois je n’ai pas de projet de rencontre plus ou moins sexuelle et approfondie. Mais je suis bien conscient que c’est un très mauvais choix.
4. Pas de cinéma depuis quelque temps. Et pas de théâtre non plus: la représentation de La Cerisaie, que je devais voir jeudi, a été annulée pour cause de protestation. Je me suis consolé en revoyant le DVD d’un Falstaff donné au Covent Garden, très gai, très coloré, mais c’était aussi une peinture de la fin d’un monde.
5. Fera-t-il assez chaud aujourd’hui pour que j’aie envie de faire un grand tour de vélo ? En attendant, ménage…
6. Le volcan islandais continue à cracher. Sauf que là ça risque de m’embêter davantage, en m’empêchant de rejoindre le lieu de débauche sportive que j’avais prévu comme substitut de vacances. De toute façon, marcher sous la pluie…

08/05/2010Je vous parle d’un temps…… d’un temps où il faisait presque beau sur la France: avril était en avril, et nous échappions à ce mois de mars en mai, quelques arbres se risquaient à feuillir, et des fleurs à fleurir.
En ce temps-là donc, où je pouvais me promener avec une chemise blanche ouverte, je me suis laissé entraîner dans la Vallée-aux-Loups. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas un coin reculé des Cévennes (pléonasme, je sais) ou des Alpes, mais c’est à quelques kilomètres de la capitale ou, si l’on préfère, comme l’a écrit Chateaubriand, «à cinq quarts d’heure seulement des portes de Paris par les barrières du Maine et d’Enfer». C’est là, en effet, que le grand homme avait acheté une propriété et qu’il a écrit deux ou trois choses. En somme, un endroit verdoyant, où l’on n’entend presque pas la circulation automobile, c’est dire qu’il est isolé et protégé.
La maison apparaît au bout d’un chemin qui s’enfonce dans la verdure, mais ce n’est pas exactement là que Chateaubriand travaillait; il se tenait à l’écart, au milieu du parc, où il avait fait construire une «tour». Autant le dire, la tour Velléda où il avait son écritoire est assez décevante, d’autant qu’elle était fermée lors de notre visite: un peu pataude et un peu sombre, on se demande bien comment elle pourrait susciter un quelconque élan poétique, surtout que le premier (et unique) étage est occupé par une chapelle. Mais c’est à peu près la seule déception: le parc avec des arbres qui «auraient été plantés» (les rédacteurs des panonceaux sont prudents) par l’écrivain est superbe : magnifique cèdre du Liban, cyprès chauve, magnolia, hêtre… Il ne manquait que quelques jours pour que la végétation fût tout en feuilles, et que les arbustes buissonneux fleurissent. Quoique, depuis, le froid ait dû les calmer un peu.
Et le parc est, en quelque sorte, prolongé par un arboretum, aménagé sur une ancienne pépinière, dans lequel le cèdre bleu pleureur n’est pas mal non plus (mais pas photogénique, ce qui est bien dommage; enfin, ça nous change des convolvulacées).
01/05/2010Jean Le BitouxOn ne peut pas dire que je le connaissais, ce serait bien faux et exagéré. Je l’avais vu deux fois.
La première, c’était pour les prémisses de la première gay pride de Strasbourg (en 2000 ou 2001). Nous avions organisé, à l’université, des rencontres avec une thématique «homosexualité et enseignement» (ce n’est sûrement pas le titre exact, mais je n’ai pas envie de retrouver ça dans mes archives: je ne suis pas fétichiste et je passe à autre chose quand c’est fini). Et je sais encore moins comment diable, avec un titre pareil, Jean Le Bitoux avait bien voulu venir, mais il avait accepté; il y avait aussi Hervé Chevaux. Je ne me souviens plus ce que nous avions raconté les uns et les autres mais, dès le premier soir, nous avions été étonnés, surpris et ravis de voir qu’un des grands amphis de la fac où nous faisions cours régulièrement se remplissait, et qu’il y avait plein d’étudiants (alors que nous étions à quelques jours de la rentrée). Le Bitoux et Chevaux sont intervenus le lendemain. Ensuite, nous sommes allés dîner dans un restaurant du centre ville. J’étais en face de Le Bitoux, et j’écoutais de toutes mes oreilles: conversation un peu folle et amusante. Nous avions beaucoup ri, autant à cause du vin que de la chute de tension après l’organisation de ces conférences-débats à la fac.
La seconde, l’année suivante, était plus formelle: première gay pride de Strasbourg (les prémisses avaient débouché sur un truc concret). En marge de cette manifestation, cette année-là, il y avait toute une semaine culturelle (cinéma, conférences, etc.). Cette fois j’étais sagement dans le public, dans un autre amphi, au palais universitaire. Catherine Trautmann était venue, et Jean Le Bitoux, arrivé en retard, et se mettant à fumer au milieu des sièges… J’avoue que ça m’avait agacé, mais surtout, tout était plus sérieux et organisé (depuis ça s’est un peu défait, et c’est devenu commercial et moins politique, mais peut-être est-ce un peu général). Le Bitoux n’avait pas l’air en grande forme, même si je n’ai fait que le voir de loin. Et je ne faisais pas partie des heureux (?) élus du repas du soir.

Et il y a eu aussi les livres, qui m’avaient énormément ému: l’extraordinaire Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, puis Les Oubliés de la mémoire. Et quelques autres. Des livres de vrai journaliste engagé pour une cause, de grands livres. 18/04/2010Rencontres
La photo n’a rien à voir, si ce n’est qu’ici (ou pas très loin en face, à Maulbronn), c’est encore l’hiver.
1. Uchronie proustienne. Revu mon tout premier amant (encore que ce numéral se discute), de passage à Strasbourg. Chaque fois, c’est la même impression que celle du narrateur à la fin du Temps retrouvé: «mon Dieu, comme il a vieilli…» et, immédiatement, «mon Dieu, comme j’ai dû vieillir aussi…»
2. Escalier. Croisé mon ex dans un escalier de la fac, lui descendant et moi montant. Impossible de s’éviter. Il me salue d’un «bonjour» un peu trop claironnant. Le temps de me demander comment répondre, et de me décider pour un «bonjour» terne mais poli, nous étions séparés d’un étage. Trop tard pour que je dise quoi que ce soit. Mais pas trop tard pour entendre un grommellement agacé. Finalement, ça m’a fait beaucoup rire.
3. Piscine. Revu en vrai un homme qui m’avait contacté sur un site heu… enfin, sur un site, quoi. Revu parce que j’avais déjà remarqué son sourire béat et ses bonjours discrets mais insistants à mon encontre. Juste une poignée de main virile («c’est vous…, heu c’est toi») et quelques phrases échangées dans les vestiaires. Plutôt sympathique dans cette ambiance un peu chacun-pour-soi et je-n’écoute-que-mon-corps.
4. Blabla. Beaucoup trop de réunions cette semaine, dont quelques-unes ont dégénéré en déjeuner / dîner de travail. Du coup j’ai une ÉNORME envie de légumes cuits à l’eau. Mais la prochaine ne sera pas moins chargée, avec deux fois des trucs inhumains avant 9 heures du matin (mais comment peut-on?).
5. Piscine encore. Beaucoup trop de monde ce dimanche matin: je déteste, et ça me met presque de mauvaise humeur. Et puis les choses finissent par s’arranger: la ligne d’eau se vide un peu, et je peux faire mes petites longueurs tranquilles avant le rush de 9 heures que je ne fais que croiser dans les douches. Retour à la maison.
6. Question. J’ai la sérieuse impression qu’un ancien étudiant me fait du gringue. Dois-je vraiment résister?
7. Proust toujours. Soirée amicale avec mon collègue préféré. Nous avons commencé très sérieusement (affaires de fac) mais, le rosée aidant, tout a un peu dégénéré vers la fin (affaires de… heu, non ce n’est pas dicible). Ça restait tout de même un humour très verbal. Mais il m’a promis des débauches sportives (c’est, malheureusement, l’adjectif qu’il faut retenir).
8. Draps propres. Tout ça manque quand même un peu de contacts intimes, mais ça devrait s’arranger sous peu.
Ralf König, Beach Boys, p.93. 11/04/2010Dites-le avec des fleurs1. Ma mère a arrêté de bouder. Elle était passé de trois appels par jour (insupportable), à pas d’appel depuis trois mois (inquiétant), mais je sais qu’il ne faut pas brusquer les choses. Il faut dire que le bouquet de roses envoyé pour son anniversaire a dû contrinuer à un débloquage.
2. On a juste un peu de mal à y croire à Strasbourg, mais il semblerait que ce soit le printemps ou, du moins, des prémisses de printemps.
3. C’est le printemps aussi à Metz, si l’on en croit certains arbres.
Un sobre cyprès dans le cloître des récollets, du XIVe siècle, mais l’arbre a côté est plus vaillant.
À quelques mètres du précédent, derrière le corps de bâtiment, un magnolia. 08/04/2010Tais-toi!Je garde (je gardais?) pour Têtu une espèce de complaisante tendresse, parce que la revue m’avait permis, il y a bien longtemps, de rencontrer mon ex. Quoique ça aurait sans doute dû être une raison de beaucoup lui en vouloir.
Qu’est-ce qu’une revue homosexuelle? Il me semble que la réponse est tellement difficile que l’Espagne, fière de son mariage homo, a vu mourir Zero… Dans un autre genre, plus austère, Babilonia en Italie, n’est pas toujours évident à trouver, mais il est vrai que ses couvertures ne donnent pas dans le Bimbo Boy, et que son papier n’est pas très glacé.
En tout cas, je suis attristé par les derniers numéros de Têtu. On cherche en vain des articles de fond (mais il n’y en a jamais eu beaucoup); on cherche en vain, surtout, une ligne directrice dans la confusion de la mise en page… Après quelques mois de tâtonnement avec un cahier numéro 3 en mauvais papier et dans un format improbable, l’actualité se trouve maintenant à la fin du magazine principal (bravo pour l’urgence de l’info), alors que le tout début (140 pages, tout de même) relève plutôt du type de revues qu’on est content de trouver dans la salle d’attente de son dentiste (sauf que la mienne n’est jamais en retard, et que je dois faire exprès d’arriver avant l’heure, pour ma visite annuelle, si je veux être sûr de pouvoir m’informer de certaines choses superficiellement importantes).
Reste le deuxième cahier, lequel contient des renseignements pratiques pour les parisiens désireux de visiter la Province en dépassant le périphérique vers le haut à gauche, le bas à gauche, le bas à droite, ou même (bravant la frontière séparant la France de l’intérieur de la seule région restée UMP), vers le haut à droite (très à droite, même). Ce cahier m’a permis récemment de découvrir un Strasbourg tout à fait exotique (mais il est vrai que je n’habite la ville que depuis une douzaine d’années).

Le Monde aujourd’hui. C’est énervant, ce genre de remarque, non?
Passons sur l’adresse du resto situé à moins de 200 mètres de chez moi, fermé depuis l’année dernière, puis racheté par un ennuyeux paisible couple hétéro italien, dont je soupçonne plutôt qu’il soit tristement paisiblement hétérosexuel, vu qu’il paraît composé d’un homme et d’une femme. D’ailleurs l’enseigne, le menu et tout le reste ont changé depuis des mois. Sauf dans le cahier N° 2 de Têtu.
En revanche, frissons garantis pour le bar assorti d’une piste de danse lilliputienne, dans un espace, à vrai dire, plutôt agréable et bien agencé. Mais frissons garantis pour les hétéros en goguette («tu as vu, là, siii, je te jure, il y en a deux qui s’embrassaient! et encore deux autres là-bas qui se tiennent presque par la main!»; bref, on aura compris que nous étions quatre), sans doute attirés par un barman sympa mais visiblement peu porté sur les choses masculines ET sensibles.
LA boîte où l’on est censé danser quand on est pédé, semble bien tenue par des pédés normaux comme nous (d’ailleurs très gentils et décoratifs), du moins à la porte, au vestiaire et au bar. Mais elle nous a emmenés dans une sorte de quatrième dimension et, cette fois, c’est nous qui avons frissonné d’ erreur horreur. Pas tellement pour le lieu lui-même, plutôt sympa, avec une bonne sono et tout. Sauf qu’il était envahi par trois publics différents: des types (dont l’un(e) en jupe noire et sac à main moche) de la mafia russe (forcément russe), des ados boutonneux de banlieue tenant maladroitement mais très fermement leurs meufs vulgaires par le bras (forcément vulgaires), et nous (forcément heu… pédés, quoi). En tout une petite vingtaine de personnes, sans qu’aucune ne dansât. D’où le désespoir du joli garçon du vestiaire lorsqu’il a compris que nous partions parce que non, ce n’était plus possible pour nous, et parce que non, ça n’allait plus être possible non plus pour eux, les trois pédés normaux à la porte, au vestiaire et au bar. 03/04/2010Bref retour 1. Pas beaucoup de posts ces derniers temps, mais la vie réelle me donne un peu de fil à retordre. Comme il paraît que je suis en vacances, je vais essayer de faire un effort pour me retrouver.
2. Deux petits séjours à Baden Baden (ce n’est qu’à 40 kilomètres de Strasbourg), l’un en février, sous vingt centimètres de neige, et l’autre en mars, sous un soleil printanier, avec les crocus et les premières fleurs jaunes de forsythias. Mais le Friedrichsbad est toujours aussi agréable (et le salon de thé, juste en face de la sortie).
Réverbère devant le casino de Baden.
3. Ces «faux beaux jours» (Verlaine, Sagesse) ont failli me tuer. J’ai bêtement cru le calendrier qui indiquait «printemps» et je me suis fait attraper par une angine. Je m’en remets à peine. Heureusement, ça ne m’empêche pas d’aller à la piscine. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est justement là-bas que je prends froid: la piscine est, au contraire, ce qui me sauve.
4. Moi, les pompiers catalans, je suis pour.
Où l’on voit 1) que les photos du País étaient beaucoup mieux que celles des journaux français et 2) qu’il est urgent de retourner à Barcelone et d’y ressentir un petit malaise…
5. Pipol. Ricky Martin aurait dit qu’il est gay. C’est à peine crédible. Ewan McGregor, déjà très beau bien dans I Love You Philip Morris, est très beau bien aussi dans The Ghost Writer. Et il jette très joliment ses feuilles de papier dans la rue à la fin du film. 21/03/2010Points1. Je suis allé voter aujourd’hui, mais (pour des raisons politiques et, surtout, personnelles), c’était beaucoup moins bien que la semaine dernière. Comme d’habitude, la prononciation de mon nom et de celui de ma ville (bourg ou village seraient plus justes) de naissance a été fautive. On a ensuite constaté, plus sur le ton du regret que sur celui du reproche, que je n’avais pas l’accent attendu.
2. Fin de lecture du recueil «Ne rien faire» et autres nouvelles, paru en 2007. La nouvelle éponyme est de Jean-Baptiste del Amo (ci-devant Garcia). J’y retrouve son amour immodéré des adjectifs et des adverbes. Je m’y rends compte aussi que ce garçon a fait des progrès incroyables entre ces quelques pages et son Éducation libertine de 2008, un roman qui m’avait particulièrement impressionné par sa maîtrise narrative et stylistique. Et, au milieu de textes d’inégale importance, quelques pages qui manquent un peu de maturité, et que leur auteur (âgé alors de 17 ans, comme son personnage principal), Emilio Sciarrino, intitule «Ma rhétorique et ton tee-shirt vert pomme». Il s’agit d’une longue lettre adressée par un lycéen à l’un de ses condisciples, au moment de la séparation des vacances d’été. Le dernier mot de la dernière phrase d’un paragraphe par ailleurs maladroit me bouleverse:
Les mots sont venus tout seuls, comme d’habitude, sans contrôle. Ils viennent et je les guinde d’une volonté de fer; je voulais te dire, dans mon arrogance primitive et rauque, des choses enflammées. Or il faut maîtriser le feu. Je puise avec des pinces prudentes dans le brasier ténébreux. Je refroidis et modèle mes morceaux de cœur. Je te les offre joliment, avec la pauvre rhétorique de mes dix-sept ans. Avec ma rhétorique de pédé.
Emilio Sciarrino, in Ne rien faire et autres nouvelles, Paris, Buchet Chastel, 2007, p.128.
3. Longues heures de réunion dans les locaux de Paris VII, et je me rends compte, dans un bref moment d’inattention pendant lequel mon regard s’échappe par la fenêtre ouverte (il faisait merveilleusement doux pour cette première journée de vrai printemps, ce vendredi), que l’on voit, prêt à s’envoler au-dessus les toits de Paris, l’ange dorée de la colonne de Juillet.
Le génie de la liberté.  |